J'ai les idées en vrac, le sommeil trop léger et j'ai recommencé à boire du café pour compenser mes nuits agitées. Je suis toujours aussi douée pour faire semblant d'être profondément assoupie quand mes enfants refusent de faire la grasse matinée ; chaque matin, j'attends que leur père se glisse en dehors du lit pour s'occuper d'eux et me laisser prolonger mes songes. Lovée dans la couette, j'ai les yeux fermés mais le cerveau qui bout. Je me sens parfois si petite dans ce monde de grands.
La rentrée. Les enfants qui sourient, la mine bronzée, leurs cheveux blondis par les quelques rayons de soleil que ce frileux mois de mai a bien voulu nous offrir, les regards curieux, leur application. Les collégiens qui chahutent, les confessions qui reprennent entre deux cours, Thomas qui manque à l'appel, à nouveau. Mon portable dans la poche, j'attends la vibration qui m'indiquera un texto d'une copine, quelques mots pour m'échapper un instant de cette vie où je me perds souvent. J'ai écrit à la craie blanche À quoi sert la culture ? et j'ai écouté mes élèves s'interroger à haute voix, débattre, évoluer, les poussant à aller plus loin, toujours, dans leur cheminement, dans leur réflexion. Pendant une petite heure, je me suis sentie utile et à ma place, et puis, et puis...
Je ne sais pas très bien si je crois au hasard ou pas, toujours est-il qu'une de mes meilleures amies, rencontrée en banlieue parisienne, vient de s'installer tout près de chez moi pour le boulot. Mon amoureux a un peu râlé quand je lui ai dit que je passais la journée dehors, ouais, encore, mais j'ai huit mois à rattraper tu sais. Brocante-expo-shopping-salon de thé, une journée de filles pour rompre avec le quotidien, retrouver l'insouciance de notre adolescence, du temps où on ne prenait pas encore de grandes décisions, où on ne se rendait pas compte à quel point tout était facile, finalement. J'aime cette fille parce que c'est une indépendante, une douce, une gentille, une belle personne. Parce que je peux lui dire tout ce que j'ai sur le coeur et que même lorsque je lis dans son regard de l'étonnement, il n'y a jamais une once de jugement. Parce qu'elle a le rire facile, celui qui allège toutes les discussions d'adultes vous savez ; parce qu'elle me propose de garder mes enfants pas simplement parce que c'est une bonne copine mais parce qu'elle les aime réellement, parce qu'elle danse dans la rue et ne se prend pas au sérieux alors qu'elle a tout pour elle. Parce que c'est une passionnée, aussi. Comme je les envie, ces gens qui savent où ils vont, qui se donnent les moyens d'y parvenir, et comme je m'énerve quand je m'observe dans cette attente complaisante et rassurante qui pourtant ne me satisfait pas. Elle est où ta passion, Sofia ?. J'aimerais tellement m'émanciper des barrières que je m'octroie.











































