J'étais en classe avec les CP-CE1 quand Amandine m'a envoyé un message pour me demander si elle pouvait passer dîner à la maison avec un ami. Le triple i de mon ouiii, évidemment témoignait de mon enthousiasme et j'ai pensé que quelques mois plus tôt, l'improvisation de ce dîner m'aurait stressée plus qu'autre chose, même si Amandine me connaît par coeur et que l'amitié qu'elle me porte ne dépend pas d'une soirée parfaite d'un point de vue gastronomique. Lourde auto-pression du quotidien d'assurer, toujours, quelques soient les situations, que je me trimballais depuis des années. J'ai aimé cuisiner rapidement une tarte aux poireaux tandis qu'on bavardait de tout, de rien, des amis, de nos quotidiens, de Nantes, de stages, des personnes qu'on a du mal à cerner parfois et à nos âges c'est un peu déstabilisant, malsain même disait mon amie. J'ai aimé cette simplicité nouvelle, je me suis trouvée grandie et je crois que ça m'a fait du bien. Pendant cette même soirée, Auguste a trouvé dans une boîte où je garde des photos pour les classer (un jour quand j'aurai le temps, vous savez...) deux photos de moi il y a quelques années, peu avant et peu après la naissance de Clara. J'étais si jeune. Je les ai posées sur mon bureau en me disant qu'un peu d'indulgence avec moi-même, c'était aussi ça grandir, et que la petite sur les photos, elle ne s'en était pas si mal sortie après tout.
Le lendemain, en sortant de l'école, j'ai récupéré les enfants et nous sommes allés affronter le vent glacial du bord de mer. Les grandes marées avaient déposé sur le sable mouillé des tonnes de bois flotté ; Clara et Auguste grimpaient sur les plus grandes branches, petits aventuriers d'une fin d'après-midi d'hiver. Ils étaient beaux mes enfants, leur teint caramel sous ce soleil et ce ciel bleu-gris que j'aime tant, si typique de notre nouvelle vie ici, leurs rires qui faisaient écho aux doux soupirs des vagues. Je crois bien que c'est ce soir-là que j'ai attrapé froid, mais que c'était bon de les voir si heureux.
Plus tard dans la soirée, j'ai pensé à une de mes meilleures amies qui vit le moment le plus horrible de sa vie, probablement, et j'ai culpabilisé comme jamais d'être si loin d'elle, si impuissante. C'est elle qui m'a rassurée et je me suis trouvée tellement nulle face à ces rôles inversés. Je me suis rendu compte à quel point on ne peut imaginer la douleur de perdre un être cher lorsqu'on ne l'a pas vécue et la tristesse de mon amie m'a remplie de chagrin, alors que bordel, ce n'est pas à moi de me plaindre. J'ai compté les jours me séparant d'elle, si pressée de pouvoir la serrer contre moi, lui dire que je suis là, que je le serai toujours. Il était encore un peu plus tard lorsque j'ai enveloppé mon corps tremblant de la couette liberty et que j'ai fermé les yeux pour quelques heures. Quand je me suis réveillée, j'avais les pieds gelés et j'étais transie de froid. Mon amoureux m'a préparé un café brûlant pour m'aider à sortir de ce lit qui ne jouait pas son rôle réconfortant mais mes jambes flanchaient beaucoup trop. Par je ne sais quel miracle, j'ai tout de même réussi à rejoindre la salle de bain, habiller les enfants, les déposer à l'école et chez la nourrice et je suis retournée m'effondrer dans les draps tièdes, dans la semi-obscurité de notre chambre au mur bleu tacheté des rayons de soleil matinaux, le cri des mouettes pour berceuse, la grippe pour dompter mes songes.


oh courage pour la grippe!
RépondreSupprimerUn bon jus de citron chaud, c'est mon remède... C'est pas miraculeux mais c'est bourré de vitamines!
Soigne toi bien... même si ta description de ton retour sous la couette tiède donnerait presque envie d'être un peu malade (et j'ai moi aussi l'impression que cette petite ne s'en sort pas si mal !)
RépondreSupprimerLes balades à la mer les soirs d'hiver me manquent !
RépondreSupprimerTrès bon rétablissement à toi !
Sofia j'attends toujours avec impatience tes tranches de vie écrite avec cette justesse qui t'es propre. Touchée par les points communs que j'y trouve et cette délicatesse dont tu fais preuve. Repos, repos, paracétamol, quatre cinq jours et tu seras sur pied, prends soin de toi. Des Bizzzzz.
RépondreSupprimerQuel message Juliette, merci, je suis super touchée !
Supprimerah ! se blottir sous la couette en tremblotant, ne plus être rien d'autre que cette petite chose malade juste capable de dormir... ça a son charme si ça ne dure pas trop longtemps... j'espère que tu es passée à l'étape suivante, que tu embrasses à nouveau à bras le corps cette chienne de vie si précieuse !
RépondreSupprimerOh oui, ils sont beaux tes enfants...
RépondreSupprimerC'est sympa ces moments tout simples avec les vrais amis (et rien de meilleur qu'une tarte aux poireaux). J'espère que tu vas mieux, sinon prends soin de toi :)
Oui je vais mieux, merci à vous ! Dormir 20h/24 m'a été salvateur.
RépondreSupprimerC'est la sortie de l'hiver Sofia, bientôt les bourgeons, les couleurs pastels des fleurs, les petits déj au soleil...bientôt, un peu de patience...En plus tu pourras boire ton jus d'orange au bord de la mer alors... ;-)
RépondreSupprimerQuelle chance pour tes enfants de pouvoir grandir près de la mer, respirer de l'air iodé, faire des balades...Bon rétablissement à toi!
RépondreSupprimerQue c'est bon d'accepter celle qu'on a été, et d'etre indulgente envers soi-même... Take care.
RépondreSupprimerQue c'est bon d'accepter celle qu'on a été, et d'etre indulgente envers soi-même... Take care.
RépondreSupprimerJ'aime de plus en plus ton écriture, j'adore te lire et t'imaginer à Nantes dans ta nouvelle vie qui a l'air de te faire le plus grand bien.
RépondreSupprimerRepose toi bien, je t'embrasse depuis Dakar.
Ce plaisir de la mer en hiver, nous le partageons ici aussi... je commence à comprendre que les doutes et le souci de bien faire qui parfois nous bouleversent font de nous des mamans, des amoureuses et des amies chez qui on aime se réfugier... et c'est bon!!!... on le perçoit au travers de tes mots...
RépondreSupprimerOui tu as raison, je ne l'avais jamais vu sous cet angle mais c'est peut-être aussi les efforts qu'on fait pour que tout soit parfait qui incite nos invités à revenir :)
SupprimerBravo c'est sympa de se sentir grandiR ou grandiE!!!!
RépondreSupprimerC 'est comme une danse tes mots....
Rétablie-toi bien vite...je ne me reconnais que trop dans la "lourde auto-pression du quotidien d'assurer"...bises!!
RépondreSupprimerC'est fou comme ça me rassure de voir que je ne suis pas la seule... mais j'espère aussi que tu arriveras à relâcher la pression parce que ça fait un bien fou et qu'en plus, on se rend compte que même quand c'est imparfait, c'est génial ;)
SupprimerJ'aime beaucoup ton post, ces montagnes russes qu'on croise, et si ce n'était que ça finalement, la vie? des hauts et des bas?
RépondreSupprimerEt bon rétablissement pour ta vilaine grippe, c'est aussi dans ces moments-là qu'on comprends à quel point le simple fait d'aller et venir est précieux!!
je crois en effet qu'on ne peut imaginer ce que c'est de perdre un être chèr tant qu'on ne l'a pas vécu...on peut tout au plus accompagner ceux qui souffrent et compatir à leur douleur....les ecouter et leur permettre de verbaliser ce qu'ils ressentent....nul besoin de chercher des mots de réconfort(qui ne le seront jamais)
RépondreSupprimerEncore de bien jolis mots...
RépondreSupprimerJe reconnais cette pression du journalier à assumer.
RépondreSupprimerJ'espère que tu vas mieux et que tu t'apprêtes pour le printemps qui vient.
Comme ils sont beaux tes loulous sur cette grande plage!
RépondreSupprimerJe me reconnais dans tes mots...
J'espère que tu vas bien et que les vacances ont été salvatrices ! A bientôt Audrey
RépondreSupprimerCoucou Sofia,j'espère que vous passez de bonnes vacances.Bises
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