samedi 14 septembre 2013

Car chaque fois, les feuilles mortes




  T’as un problème ? m’a-t-il demandé, les sourcils froncés mais déjà un sourire au coin des lèvres ; et puis il a éclaté de rire, ses fossettes se sont creusées, il a collé ses lèvres humides sur mon front et m’a tirée du lit pour que je lui donne son biberon de lait chocolaté. Devant le micro-ondes qui ronronnait, je me suis demandé combien de temps il avait attendu là, assis à côté de moi, silencieux, que je sorte de mon sommeil, s’il s'amusait déjà à l’idée de ressortir cette phrase qu’il avait probablement entendue dans la cour de récré. Parce que voilà, mon tout petit garçon est devenu un écolier et j’ai l’impression qu’il a pris dix centimètres en quelques jours. J’adore cette assurance avec laquelle il me quitte le matin, déjà tant à l’aise dans cette grande classe où il semble avoir parfaitement trouvé ses repères. Systématiquement, il se dirige vers l’étagère à dessins, en tire une feuille et quelques feutres et va s’asseoir sans un regard pour sa maman qui l’apostrophe, “Eh Auguste, à tout à l’heure mon bébé”. Mon bébé, mon bébé écolier. Nous ne sommes pas à un paradoxe près.


  Septembre et sa météo qui joue les indécises, nous obligeant à acheter des bottes en caoutchouc avant de décider que le pull en laine sera de trop, s’équilibre entre petites contrariétés et plaisirs quotidiens. Ainsi, un ami réapparait dans ma vie avec toujours la même délicatesse et la même justesse dans le choix de ses mots quand, parallèlement, des messages restent sans réponse et des appels sonnent dans le vide. Combien de fois me suis-je demandé pour qui je comptais réellement ; combien de fois, aussi, ai-je été agréablement surprise de me rendre compte que je n'étais pas toujours très lucide. J'ai probablement grandi parce que ma décision de prendre les choses comme elles venaient sans en attendre davantage me contente plutôt bien, cette fois. Ces billets d’avion réservés (et l’excitation à son comble en pensant que je vais découvrir le pays où est né l’homme que j’aime) n'y sont sûrement pas étrangers, ni cet appareil photo enfin commandé, offrant à mon projet la possibilité de prendre forme, petit à petit, et remplissant  alternativement mon coeur de trac et d’exaltation.


     L'été tire sa révérence. Il y a ces choses qui ne changent pas malgré le temps qui passe, comme cette personne qui me manque même si c'est mieux comme ça (coucou l'auto-conviction), mon incapacité à me concentrer sur le film au cinéma et à ne pas laisser mes pensées m'éloigner de la salle, ou encore ce besoin de tout planifier alors que je sais parfaitement qu'on ne maîtrise jamais tout. Mais il y a dans l'air le souffle dynamisant de la rentrée. On savoure les derniers churros trop gras et tellement bons, dévorés les fesses dans le sable face à la mer pleine d'écume. On continue à se coucher trop tard mais on se lève bien plus tôt, profitant du week-end pour rattraper les heures de sommeil qu'il nous manque. Ma grande fille a retrouvé ses cours de danse et, avec, ses joues roses et ses grands yeux brillants. Certains soirs, j'échange des mails avec mon ami apprenti-prof, lui me nourrissant de son immense culture sur la littérature africaine et antillaise, moi essayant de lui donner quelques pistes et de le rassurer sur ses débuts face à des élèves pas toujours tendres. D'autres fois, j'écoute ma soeur dont les aventures me replongent quelques mois en arrière, me faisant sourire autant qu’elles me laissent une pointe de cette appréhension certainement propre aux grandes soeurs. La rengaine de l'automne trouve progressivement sa place sans renoncer aux surprises de la vie.


16 commentaires:

  1. Sofia à chaque lecture de tes "billets", tes "paysages du quotidien" je me retrouve à tes côtés car tes mots concilient si bien les flux et reflux d'émotions, les silences, les sensations. Ainsi j'étais quelques secondes assise sur la plage les fesses sur le sable plus frais à présent, j'étais de nouveau la maman d'enfants en maternelle (merci pour cette petite échappé d'ailleurs)... Bises à toi.

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    1. Merci Juliette, tes mots me font très plaisir.

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  2. J'aime toujours autant te lire... chaque billet, quel bonheur !

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  3. Tu dois faire une sacrée bonne grande soeur toi!

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  4. ah toi aussi tu es grande soeur... quelle responsabilité hein...
    tu as raison, prendre la vie comme elle vient, et laisser un peu de côté les esprits chagrins.
    bises Sofia...

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    1. Je ne me sens pas tellement responsable de mes frère et soeurs mais je prends très à coeur ce qui peut leur arriver, forcément :)

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  5. J'aime te lire, sentir ces doutes mais aussi cette douceur.
    J'ai deux petites sœurs(enfin, elles ont deux enfants chacune ;) ) et je me sens toujours aussi responsable... C'est notre rôle inconsciemment de prendre soin d'elles.
    Passe une bonne journée.

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  6. L'automne, il berce autant qu'il chahute je trouve.
    Mais il a cette douceur des mailles tricotées.
    Que ta rentrée soit douce ma Sofia.

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  7. On sent la grisaille automnale mais aussi une certaine douceur fort confortable dans tes mots ... c'est beau !!
    Je le même bébé à la maison ... ma petite dernière devenue grande à son tour !!

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  8. C'est fou je me reconnais tellement dans tes mots et tes silences...
    J'espère que tu va bien et tes loulous aussi...
    Je t'embrasse ma belle

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  9. J'ai toujours l'angoisse au ventre lorsque je pense à mes petites soeurs, respectivement 41 et 39 ans hein, haha:)

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