mardi 1 octobre 2013

Ou l'inertie des révoltes intérieures




Dimanche soir, à l'heure où les mouettes profitaient de la marée basse, nous étions presque seuls sur la plage, des grains de sable entre les doigts de pieds et contre les paumes de nos mains. C'était un dimanche décalé qui avait commencé vers onze heures avec un petit déjeuner qui s'était prolongé en brunch oeufs brouillés-emmental-bacon, un dimanche à quatre où on prend le temps de vaquer chacun à nos occupations avant de se retrouver le temps d'un goûter au soleil.

Je lis, beaucoup, je réfléchis, parfois trop. J'ai l'impression d'avoir treize ans à nouveau quand je m'indigne contre les injustices du monde et je déteste me sentir toujours aussi impuissante, moi qui pensais il y a quelques années que quand je serai grande, j'agirais. J'ai le coeur qui se serre chaque jour lorsque j'entends quelque chose qui me rappelle que c'est en marchant sur des peuples, sur des pays, sur des cultures, que les nôtres se sont construits. Alors bien sûr, je n'en suis pas plus responsable que quiconque, je n'ai pas choisi de naître là où je suis née, je pense même que je suis privilégiée... et pourtant, quelle culpabilité de profiter de ce confort - relatif, le confort, mais quand même - et de laisser le monde continuer à marcher sur la tête. David contre Goliath, et mes nuits en pointillés, toujours, parce que j'aimerais être la femme battante que j'imaginais que je serais à treize ans. Alors je réfléchis.

Quatre semaines se sont écoulées depuis la rentrée. Les compliments de la maîtresse d'Auguste ; la trousse intégralement rachetée pour Clara - ma fille n'a aucun sens du commerce mais un sac de billes énorme à présent ; les élastiques soigneusement cousus sur ses demi-pointes la veille du cours de classique pendant que la peinture rose fluo séchait sur le tee-shirt de zumba ; le cupcake aux étoiles déposé sur mon bureau par Raphaël pendant que j'étais en cours avec les collégiens ; les carnets à musique de mes CE1-CE2 qui se remplissent de coeurs au fil des morceaux que je leur fais découvrir, de Chopin aux Fugees en passant par Sting ou Nina Simone ; les replay d'Eclectik et le thé brûlant pour accompagner mes soirées studieuses ; les grimaces devant le miroir du hall de l'immeuble le mercredi matin... Nous avons pris le pli du temps qui court. L'automne est arrivé sans bruit mais l'été indien nous offrant une transition bien agréable, nous laissons encore un peu les manteaux au placard. Le dimanche soir, sur la plage désertée, nous sommes toujours là, traçant du bout des doigts des petits chemins dans le sable, bien décidés à rester jusqu'à ce que le froid nous chasse.


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Un grand merci pour vos participations au petit concours du premier anniversaire du blog. Le tirage au sort est fait, et c'est...



qui recevra un petit paquet prochainement. Merci encore à toutes, en espérant continuer longtemps à lire les mots que vous déposez si gentiment ici.


7 commentaires:

  1. De mon côté, les soirées aussi sont (trop) studieuses...
    Ce qui me gêne c'est que mes instants lectures en souffrent.

    Je t'embrasse jolie Sofia.

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  2. in love...
    nos billets se font échos, hého...
    je t'embrasse douce Sofia... ♥

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  3. Jolie lecture encore une fois.
    De beaux instants...
    Profite de ce bel été indien et de la plage tant que tu peux.
    Essaie de dormir quand même...

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  4. Sofia nos billets se font échos au niveau sonore ;-) Ensuite comme toujours lorsque je te lis je suis en accord, un accord avec ce sentiment de privilège et d'inertie (c'est mon mot du jour je pense), un rougissement lorsque je me retourne plusieurs années en arrière lorsque adolescente je pensais également que... Et puis je regarde et écoute nos enfants et je me dis que finalement à notre manière on agit. Une vraie révoltée agissante, non certes mais une révolté consciente et qui reste vigilante oui. Vous êtes beaux tous les trois devant ce miroir :-)

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  5. Bel automne à vous ! Que de douceur dans tes mots et ta musique... toujours un plaisir de dévouvrir un nouveau message !

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  6. j'adore la photo de vous quatre tout comme j'aime aussi cet été indien qui nous permet d'affronter l'automne avec plus de douceur...et je partage les mots de Juliette sur la "révolte vigilante" et surtout ne pas oublier d'avoir conscience de...
    bises!!
    P.S: désolée pour la transition si futile mais il faut que je te demande où tu as trouvé ce sac "Koloni Stockholm"...il irait tellement bien avec mes tasses ^^

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  7. alors je suis tout à fait désolée, je ne sais plus compter, j'ai bu trop de thé ou fumé trop de moquettes, bien sûr je voulais dire de "vous trois" 0-o

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